Un Daron, un Corse, une amnésique

Moments d’inattention, trous de mémoire, petits oublis… Et non ! Ces amnésies  infimes ne sont pas uniquement réservées au troisième âge. Aussi jeunes que nous sommes (ou croyons être), nous pouvons aussi être victimes de ces oublis anodins.

Anodin ? Un oubli ? Tout dépend. Passable lorsqu’il s’agit du prénom d’une vieille copine de lycée. Difficile, très difficile, lorsque c’est le prénom du type qui émerge tranquillement à vos côtés au lendemain d’une soirée débauchée

Pour comprendre, il faut revenir quelques semaines en arrière et imaginer la mine déconfite de ma meilleure amie qui observe, incrédule, un plutôt joli garçon (l’honneur est sauf) filer  hors de son lit.  Le bruit des pas de l’inconnu sur le parquet lui hurlent BOUM BOUM dans les oreilles, premiers symptômes de l’absorption en trop grosse quantité d’un premix de vodka douteux. De toute évidence, elle a une fois de plus oublié l’existence du concept “slow drinking”…  (voir ici)

 Bilan de l’opération : un cafard noir, une estime de soi proche de zéro, et pas l’ombre d’un prénom en tête. Le point mort. Le trou noir.

Alors ce soir, l’heure est à l’oubli. Et quand on apprend qu’Antoine-Marie Arena “himself” est à la cave du Daron, ça ne fait pas un pli. On saute dans nos bottes de pluie direction l’avenue Parmentier, pour aller se réconforter auprès du jeune corse tout bronzé.

Après s’être ébrouées, avec féminité il va sans dire, nous franchissons la porte de l’antre de Jean-Julien. Paré, le patron des lieux a déjà débouché deux bouteilles pour accueillir son ami. Le vigneron au teint tanné plonge avec habitude son nez dans le premier verre. Se laissant caresser par le bouquet d’Assyrtiko de Mylos, il s’écrit avec une charmante pointe d’accent « C’est fou comme ca sent la caillasse… ». Je goûte à mon tour et, d’un coup, c’est évident. La caillasse. Le vin rappelle les cailloux blancs brûlés par le soleil au milieu d’un fruit fou et d’une aromatique intense. Les grecs sont sauvés. Santorin a du vin, du vrai.

Notre mémoire olfactive fonctionne à plein régime.  Et, c’est autour d’Henri Milan de nous faire rêver avec son Grand Blanc, solaire, fruité, génial. On cherche l’ananas, les fruits exotiques, la fraicheur et la rondeur. On se régale.

Je regarde mon amie, et je vois qu’elle a déjà oublié. Evanoui l’inconnu au prénom muet, elle observe le corse avec des yeux brûlants et je me prends moi aussi à rêver de Patrimonio et de Cap Corse.  Quelqu’un nous arrache à nos pensées car la fine équipe file boire un verre juste de l’autre côté de l’avenue. Alors c’est ça le rituel ? Reluquer le fils Arena, déguster du Richard Leroy et du Sélosse au Châteaubriand (lire ici) en guettant Inaki du coin de l’œil ? Amnésique je fus, mais les soirées à la cave du Daron, impossible, je n’oublierai pas.

 

La cave du Daron

140 Avenue Parmentier  75011 Paris
01 48 06 21 84

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